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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 13:05

Cause toujours ! Et si on en causait, justement ?

« La dictature c’est « ferme ta gueule », la démocratie c’est « cause toujours ».

La citation viendrait de Jean-Louis Barrault, elle a été reprise par Coluche. Et elle est particulièrement pertinente actuellement, alors que la prise de conscience des limites de notre système se généralise.

La démocratie, c’est le pouvoir exercé par le peuple. Sommes-nous en démocratie ? La question mérite d’être posée.

Suffit-il de voter une fois de temps en temps et donner des chèques en blanc à des élus sans aucun contrôle de l’action de ceux-ci ? L’exemple le plus évident est celui de François Hollande qui s’est empressé de faire le contraire de tout ce qu’il avait promis pendant sa campagne. Ceux qui nous rétorquent qu’il faut accepter le verdict des urnes et que la majorité s’étant exprimée, il faut laisser faire les élus, oublient que ceux qui votent font leur choix à partir d’un programme. Ce n’est pas une personne que l’on élit, c’est un programme que l’on choisit. Si l’élu n’applique pas le programme qui a été décidé, il doit partir.

Cela n’est pas prévu par nos institutions. La Vème république est à bout de souffle et elle ne fait plus illusion pour grand monde. Pourtant ils ne sont pas nombreux ceux qui se lèvent pour réfléchir à une autre façon de fonctionner, avec plus de garanties que les élus n’outrepasseront par les mandats que le peuple leur donne. (A ce propos, je rappelle qu’il existe un mouvement pour la VIème république (M6R) et que chacun peut aller y donner son avis…)

En fait la soi-disant démocratie que nous vivons depuis des décennies a eu des effets pervers dont nous subissons les conséquences. Les gens ont été habitués à penser que nous sommes en démocratie, on ne cesse de leur expliquer qu’ils ont bien de la chance, qu’ailleurs c’est terrible, et même parfois que nous nous devons d’intervenir militairement pour exporter notre merveilleux modèle. Certes nous ne sommes pas menacés directement par la police et l’on n’assassine pas tout à fait impunément en France. Mais cela suffit-il ? Et surtout n’est-ce pas parce que le contrôle s’effectue d’une autre façon bien plus subtile ? Le contrôle est dans la tête de chacun de nous. Nous pensons que nous avons notre mot à dire, que si nous ne sommes pas d’accord, nous pouvons le dire, nous pouvons descendre dans la rue. Et cela nous suffit. Pourtant cela ne sert à rien. « Cause toujours ! ». Les manifestations font maintenant partie de la mascarade. Tout le monde y joue son rôle. Les « pas contents » se défoulent un peu, le pouvoir fait semblant d’avoir un peu peur, de lâcher un peu de lest parfois, ( il ne prend même plus la peine de le faire d’ailleurs depuis quelques temps). Et tout le monde rentre chez soi tranquillement après son petit tour. Mais rien ne change, le pouvoir est toujours dans les mêmes mains, les inégalités se creusent, l’état continue à se faire piller avec la complicité des élus. Les gens ne comprennent donc pas : nous sommes en démocratie mais rien ne va ! D’où un sentiment d’impuissance. « On ne peut rien faire ». Logique si le meilleur système du monde ne peut rien, c’est qu’il n’y a rien à faire…

Nous devons prendre conscience que le pouvoir qui s’exerce sur nous est puissant est peut devenir violent si l’on ne joue pas le petit jeu qu’il a prévu pour nous. Les zadistes de Notre Dame des Landes ou de Bure, et les participants aux nuits debouts peuvent en témoigner.

Car on accepte que les gens crient un peu, mais pas qu’ils passent à l’action. Prenons l’exemple de l’aéroport de Notre Dame des Landes. Le projet est complètement inutile, puisque l’aéroport existant à Nantes suffit très largement au trafic actuel. Aucun des arguments des promoteurs du projet (Vinci en tête) n’est recevable : l’augmentation prévue du trafic aérien a été surestimée, et de toutes façons, l’aéroport actuel pourrait y faire face avec des aménagements minimes. La compensation des zones sacrifiées pour le nouvel aéroport ne sont pas légales. L’enquête d’utilité publique a révélé que 63 % de la population était contre le projet, il n’a pas été abandonné pour autant.. Quiconque se penche un peu sur le dossier comprend qu’il s’agit avant tout d’un projet qui rapporte à un grand groupe et qui va permettre un projet immobilier aux abords de l’ancien aéroport. Bref, un exemple typique de dysfonctionnement de la démocratie où le projet va à l’encontre des besoins des populations et met à mal l’environnement juste pour le profit de quelques groupes de bétonneurs de promoteurs. Eh bien, comme d’habitude, on veut bien quelques manifestations, mais pas que les gens agissent concrètement pour faire respecter leurs droits. Les zadistes qui ont pris les choses en main sont violemment réprimés.

L’état d’urgence décrété à la suite des attentats a donné des moyens supplémentaires à la répression, et ce sont surtout les résistants à de tels projets et les militants écologistes qui en sont les victimes. De même, les opposants politiques sont de plus en plus criminalisés. On s’offusque de la chemise déchirée d’un DRH, on oublie la violence des luttes sociales de la fin du XIXème et début du XXème siècle. A cette époque le peuple comprenait que cette violence était une réponse à la violence sociale qu’il subissait. Et même le pouvoir reconnaissait plus que maintenant la légitimité de la lutte. Maintenant on ne voit plus que la violence des opprimés.

Des militants russes habitués à la répression dans leur pays sont venus lors de la COP 21, et ils ont été surpris de voir des assignations à résidence, des portes enfoncées, des perquisitions arbitraires. Ils ne pensaient pas assister à cela en France, et ils ont demandé à leurs amis français pourquoi ils ne réagissaient pas, et de quoi ils avaient peur. Après tout, ils étaient dans un état de droit ici …

Ils ne peuvent pas comprendre que les barrières sont ici dans les têtes.

Certains tentent de reconstruire des systèmes parallèles à petite échelle : des circuits courts, des monnaies locales, des coopératives, en rejetant complètement toute organisation politique, et sans chercher à affronter le système. C’est une bonne chose, car il faut se mettre à agir, puisque parler ne sert à rien, et surtout qu’il y a urgence. Le pouvoir observe cela d’un bon œil, en témoigne le bon accueil réservé au film « demain » par les media dominants. « Ils sont gentils, ces écolos bisounours, ils redonnent de l’espoir donc font baisser un peu la pression sociale, sans rien casser et sans remettre en cause le capitalisme : génial ! Mais il faut être conscients que les puissants les laisseront faire tant qu’ils ne gêneront pas trop. S’ils prennent trop de place et commencent à gêner le business, la violence s’exercera contre eux. Il faut en être conscients et ne pas se laisser désarçonner quand cela arrivera.

Colombe

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Published by front-de-gauche-remiremont
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