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18 avril 2016 1 18 /04 /avril /2016 17:39

Le mépris doit changer d’objet

Il est une discrimination qui est partout et dont on ne parle pas beaucoup : celle qui s’exerce à l’encontre des pauvres. Je sais, c’est très mal vu de parler de « pauvres », il faudrait sans doute dire « précaires » ou « catégorie sociale défavorisée ». Appelons un chat un chat, car il n’y a évidemment aucune honte à être pauvre, mais on tente trop souvent à nous faire croire le contraire.

Les pauvres subissent une double, voire triple ou quadruple peine :

Tout d’abord ce sont eux qui sont en première ligne sur le front de la guerre économique. La mondialisation écrase toutes les protections sociales, et crée le chômage qui touche avant tout les précaires : le taux de chômage des non qualifiés est cinq fois supérieur à celui des cadres.

Au lieu de leur venir en aide, on les ignore ou on les moque. Ils sont inaudibles et invisibles dans la plupart des grands médias, (sauf peut-être pour être tournés en ridicule dans des émissions de télé-réalité, ou des films comme les Tuche). Le journal Fakir avait fait une enquête il y a quelques temps, sur le temps de parole laissé aux ouvriers sur l’antenne de France Inter, et les résultats étaient édifiants. Ce sont toujours les mêmes qui tournent en boucle. On reste entre soi. Ils ne sont pas représentés non plus à l’assemblée nationale, ce qui devrait nous poser question. Quand on parle d’eux, c’est soit sur un mode misérabiliste, soit pour regretter leur manque de culture, leurs fautes de goût, ou leur malbouffe. Il est vrai qu’il est plus difficile d’ aller au théâtre ou de manger bio en gagnant moins que le SMIC, mais quelle erreur de mépriser leur culture ! Et avis aux écolos bien pensants : un pauvre, même peu informé et concerné par les problèmes environnementaux, a une empreinte écologique bien inférieure à celle d’un bobo végétarien, car celui-ci prend beaucoup plus l’avion …entre autre.

Ils doivent subir ces violences seuls devant leurs postes de télévisions, car au chômage, on est vite très seul. Et même ceux qui ont encore un emploi souffrent en silence. Les syndicats sont dénigrés dans les medias, ont de plus en plus de mal à agir sans être criminalisés et les mouvements ouvriers se font donc de plus en plus rares. Privés d’une information objective, ils en arrivent à croire que ce sont les plus pauvres qu’eux (les immigrés, les « bénéficiaires » du RSA, etc…) qui sont responsables de leur situation. Comment s’étonner dans ce cas qu’ils se tournent vers le front national ? Les ouvriers ont voté à 51 % pour le FN aux dernières régionales. Et c’est encore une autre peine qui leur tombe dessus, on les méprise et on les rejette violemment pour cela.

L’abandon des classes populaires n’est pas uniquement le fait de la droite. Le PS (que les journalistes, niant l’évidence, continuent à situer à gauche) assume ce choix depuis les dernières élections présidentielles. Souvenez-vous de la petite phrase de François Hollande après le lâchage de Florange : « Perdre les ouvriers, ce n’est pas grave ». Il suivait en cela le think tank Terra Nova, proche du PS, qui analysait en 2011, qu’il était vain d’essayer de conquérir le vote des ouvriers, trop souvent déçus depuis 1981, et auprès de qui le programme de protection sociale affiché (seulement affiché) par le FN n’était pas « concurrençable ». Bref, le PS a décidé de se passer des ouvriers, et de plutôt cibler les bobos et les classes moyennes, sur des valeurs sociétales plutôt qu’économiques…

Mais ne nous moquons pas trop, car la vraie gauche, qui veut réellement lutter contre les inégalités, n’est pas plus écoutée par ceux qui en sont les victimes. Trouve-t-on plus d’ouvriers parmi les militants de gauche ? Pas sûr. Beaucoup d’intellectuels, avec des idées généreuses, certes, mais pour qui le peuple reste trop souvent une abstraction. Il faut rencontrer les gens avant de prétendre les défendre.

Nous avons tous à nous remettre en question à cet égard. Le journal Fakir, (encore lui, saine lecture !) ne cesse de rappeler que les classes intermédiaires se rallient trop facilement à la culture majoritaire, qu’elles acceptent la globalisation (elles ont voté majoritairement pour le Traité Constitutionnel Européen qui imposait la libéralisation à l’Europe). Alors qu’il suffirait que ces classes intermédiaires changent de camp et s’unissent avec « ceux d’en bas » pour que les choses bougent.

Une chose qui devrait faire bouger ? L’exemple est donné par Fakir, et leur chouchou, c’est Bernard Arnault, mais des tas de grands patrons sont dans le même cas.

La fortune de Bernard Arnault, donc, a augmenté de 9,27 milliards d’euros en 2015. A ce niveau, les chiffres ne parlent plus. Alors Fakir traduit que Bernard Arnault gagne 463 000 fois plus que l’une de ces ouvrières, et que donc, une ouvrière pour gagner autant que lui en un an, aurait dû commencer à travailler il y a 463 000 ans, bien avant les égyptiens, à l’âge des cavernes… C’est plus parlant comme cela, non ?

Alors, ne nous trompons pas d’ennemis. Méprisons ceux qui volent le fruit du travail, plutôt que ceux qui sont les victimes de ce système.

Au fait, allez voir « Merci patron ! », le fil réalisé par Fakir, une belle histoire, très réjouissante.

Colombe

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