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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 16:51

Pétrole, légèreté et propagande

Entendu samedi 15 janvier 2016 sur France Culture dans l'émission « Affaires étrangères » : L'animatrice du débat, Christine Ockrent débute ainsi : « Vous vous souvenez d'une époque où on nous annonçait la fin du pétrole, l'assèchement de notre économie en même temps que de l'or noir, et aujourd'hui, c'est exactement l'inverse. le pétrole, il y en a trop. Le prix du baril est tombé la semaine dernière en dessous de 35 $. Les bouleversements politiques sont considérables, les rapports de forces quasiment inversés. La dépendance pétrolière a changé de camp, elle affecte maintenant les pays producteurs : Arabie Saoudite, Etats Unis, Russie, Algérie, Vénézuela... » Vraiment ? Et elle persiste et signe :

Il y a quelques années, on nous avait prédit la fin du pétrole (...)Aujourd'hui, c'est pas la fin du pétrole, c'est au contraire, peut-être, la fin d'une dépendance des pays riches vis à vis du pétrole.

Elle laisse ensuite la parole à ses invités, et l'on se dit qu'il va bien y avoir un expert qui va un peu rectifier cette vision simpliste. Eh bien non, elle avait bien choisi ses invités.

Le premier intervenant, Pierre Terzian, directeur de la société pétrostratégies ( plusieurs types d'activités autour du secteur de l'énergie: publication d'articles et d'une lettre hebdomadaire, conseil, organisation de conférences, traduction) commence très fort : « Vous avez fait allusion à la théorie du pic oil, ces gens qui nous prédisaient la fin du pétrole parce qu'il n'y avait pas assez de découvertes. Ils avaient fait une erreur, une toute petite erreur, c'est qu'ils avaient négligé la technologie. Or le pétrole ne sert à rien si on ne l'extrait pas, et pour l'extraire, il faut de la technologie. La technologie a démontré ses capacités, ses compétences. (…) On a eu une révolution, le mot est justifié, une révolution des schistes.(…) Aujourd'hui il n'y a jamais eu autant de pétrole. ».

Aucun des deux autres intervenants n'a trouvé à redire à cela. Il faut dire que ce n'était pas vraiment le thème du débat qui traitait surtout des conséquences géopolitiques de cette abondance (momentanée) du pétrole depuis presque deux ans.

Et il est vrai que la chute des cours (le baril est passé de 147 $ à l'été 2014 à 35 $ actuellement, soit – 75 % en un an et demi) perturbe énormément la politique des pays, surtout des pays producteurs. La discussion a donc très vite embrayé sur l'attitude de l'Arabie Saoudite qui a décidé de préserver ses parts de marché et donc d'augmenter sa production, quitte à faire baisser les prix, ou sur le problème posé par la baisse de la manne pétrolière à des pays comme le Vénézuela, l'Algérie ou la Russie.

Des considérations économiques et géopolitiques peut-être intéressantes par moments, mais sur le fond ? On a asséné, sur une radio publique qui est censée être une référence sérieuse que le pic oil n'était qu'une fable et on en est resté à des commentaires finalement superficiels.

« La technologie a démontré ses compétences ». Merci ô notre Dieu la science ! Il parle de l'extraction des pétroles et gaz de schistes. Pollution irrémédiable des nappes phréatiques entre autres. Belle compétence en effet.

Quant à la négation pure et simple du pic oil, sans autre argument que le fait que le pétrole coule à flots actuellement. Quelle bêtise ! Notre planète n'est pas extensible. Quelles que soient les réserves de pétrole encore sous terre, elles ne sont pas infinies, et elles finiront par s'épuiser. Le pic oil n'est pas une théorie, c'est un fait scientifique et logique, compréhensible par le premier venu. Ces experts ne sont pas des imbéciles. La vérité, ils la connaissent sûrement. Pourquoi n'expliquent-ils pas que si on en est venu à aller chercher le pétrole dans les schistes, c'est parce qu'on en trouvait de moins en moins sous forme « conventionnelle » ? Pourquoi n'avouent-ils pas qu'en fait, on est en train de presser sur l'éponge pour en faire sortir les dernières gouttes. Cette abondance, c'est un baroud d'honneur, un chant du cygne.

Maintenant, venons-en aux considérations géopolitiques, toutes liées aux conséquences de la chute du prix du baril. Des fluctuations de la production, il y en a eu depuis le début de l'ère pétrolière, c'est pourquoi les principaux pays producteurs se sont organisés au sein de l'OPEP pour contrôler les niveaux de production et donc les prix. Mais actuellement l'OPEP ne le fait plus. Pourquoi ? L'Arabie Saoudite refuse de jouer le jeu et surenchérit dans la production pour conserver ses parts de marché. Une politique du désespoir que les intervenants n'expliquent pas, peut-être parce qu'elle ne peut s'expliquer que par la panique liée à la fin qui s'annonce…

Pas beaucoup de commentaires non plus sur l'arrivée du pétrole bradé de Daesh.

Quant aux Etats-Unis, ils ne font pas partie de l'OPEP et l'on peut se demander quel intérêt ils peuvent bien avoir à écouler aussi vite leurs réserves. Il serait bien plus logique de l'économiser pour faire durer plus longtemps, ou pour faire monter les prix.

Dans le débat, il a été dit que l'état américain n'avait en fait que très peu d'influence sur l'exploitation pétrolière qui est aux main d'une multitude de sociétés privées. Il aurait peut-être fallu insister sur ce détail, tout comme l'entrée en bourse de la principale société d'extraction saoudienne. Les intérêts privés gagnent partout au détriment des états qui contrôlent de moins en moins. Ni plus ni moins que la fin de toute vision politique et le règne unique de l'argent.

Colombe88@laposte.net

Colombe

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