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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 21:30

La surveillance de masse légalisée

La loi « renseignement » vient d'être votée. Visant à renforcer le renseignement en France, il prévoit la mise en place de plusieurs mesures qui permettent une interception de l'ensemble des données de tous les citoyens français en temps réel sur Internet. Cette surveillance massive de l'ensemble de la population est une pratique dangereuse pour la démocratie et les libertés d'expression, de réunion, de pensée, d'action..

Un nombre important d'organisations d'horizons variés ont protesté et alerté sur les dangers de cette loi : Des associations de défense des droits humains, des syndicats d'avocats, de magistrats, de journalistes, de policiers, de chômeurs, d'assistants sociaux, des juges anti-terroristes, et même le conseil de l'Europe.

Mais le gouvernement a tenu bon, profitant du climat de peur induit par l'attentat de Charlie Hebdo et de l'opinion publique prête à tout pour être rassuré.

Pourtant la question de savoir si cette surveillance de masse est utile ou non ne s'est pas posée. Presque tous les les auteurs des derniers attentats, Merah, Nemmouche, les frères Kouachi, et le dernier en date Yassin Salhi étaient connus des services de renseignement et pourtant cela n'a servi à rien. Le problème n'est donc pas le manque de renseignement. Les moyens humains seraient ici bien plus utiles. Et au contraire ce dispositif de boites noires est contre-productif dans la lutte contre le terrorisme parce qu'elles noient les services sous des masses énormes de données, et aussi parce qu'elles poussent à une modification des comportements des potentiels terroristes. Par exemple, les mesures adoptées aux USA lors du Patriot Act ont poussé dans les 10 dernières années les éléments les plus dangereux du terrorisme ou de la très grande criminalité à ne plus utiliser Internet, ou à ne l'utiliser qu'avec des méthodes d'anonymisation très poussées. On pousse les « terroristes » sous les radars de la surveillance, et on surveille quand même toute la population.

Car en fait le but est bien plus large que le terrorisme. Il s'agit aussi de la défense des intérêts économiques et scientifiques de la France, la criminalité, la délinquance organisée et la lutte contre les violences collectives pouvant troubler l'ordre public. On voit bien le danger de ce dernier cas pour les actions collectives quelles qu'elles soient. Manifestations syndicales ou citoyennes contre tel ou tel projet.

Et cette loi ne sert qu'à légaliser des pratiques déjà utilisées depuis des décennies. L'état français est depuis longtemps très bien placé dans la surveillance de masse en utilisant les réseaux d'Orange puisqu'elle nécessite l’installation chez les opérateurs de télécommunications de dispositifs, surnommés « boîtes noires ». Détection de comportements suspects à partir des données de connexion, utilisation de mécanismes d’écoute, logiciels espions ou encore IMSI-catchers pour les personnes suspectées d’activités illégales. Toutes ces techniques sont déjà largement utilisées et il ne restait plus qu'à les légaliser.

Pourquoi les opérateurs privés mettent-ils ainsi leurs réseaux à la disposition des états ? Facile à comprendre : Accès à des marchés publics ou loi avantageuses sont un bon retour d'ascenseur !

A l'inquiétude légitime des citoyens, l'état répond que cette loi en légalisant ces pratiques en permet un contrôle renforcé. En réalité, sur bien des points le contrôle est inexistant : la commission de contrôle n'a qu'un avis consultatif.

Invité sur France Inter, Jean Jacques Urvoas député rapporteur de la loi à l'Assemblée s'est livré à ce sujet à un numéro d'équilibriste assez pathétique : Un auditeur lui demandait si les citoyens auraient la possibilité de savoir s'ils étaient sur écoute. Jean Jacques Urvoas a répondu que justement, grâce à cette loi, maintenant il serait possible de le savoir, ce qui n'était pas le cas jusqu'à maintenant. Il suffit pour cela de le demander directement à la commission de contrôle. L'auditeur s'est alors étonné : « Ah bon, et si je suis surveillé, ils me le diront ? » Mais oui ! « Et si un terroriste en puissance s'adresse à cette commission, ils le lui diront aussi ? » Réponse du député : « Ah non, aux terroristes, on ne le dira pas ». Surréaliste ! Donc si on vous répond que vous n'êtes pas surveillé, c'est peut-être que vous êtes considéré comme terroriste...

Pour le soi-disant contrôle, un autre argument est donné : La réglementation est assez stricte pour les communications à l'intérieur du territoire français. Certes, mais ce qui n'est pas dit, c'est que la grande majorité de ces communications transitent par des centres techniques situés à l'étranger. Si une boîte noire est interdite en France, on la place en un point stratégique à l'étranger qui capte les messages franco-français et on contourne la loi.

Bon, tout cela est assez inquiétant et la loi a été votée, mais il n'est jamais trop tard pour se mobiliser...

Colombe88@laposte.net

Colombe

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