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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 20:03

Des banques dangers publics ?

Le discours officiel est clair : les banques ont tiré les leçons de la crise de 2008 et ont pris les mesures nécessaires pour que cela ne se reproduise plus.

Vraiment ? Regardons-y d'un peu plus près.

En 2014, la BCE a procédé à des stress tests sur les différentes banques européennes. Les banques françaises ont passé l'examen haut la main, elles seraient donc solides… Mais dans un test de résistance, on augmente la taille du choc jusqu'à ce que la structure cède, on évalue ainsi un seuil de résistance. Puis on étudie la probabilité que ce seuil soit atteint. Cela n'a pas été la façon de procéder de la BCE. Elle a choisi arbitrairement le niveau du choc ( de façon à ce que la plupart des banques réussissent ?) et a observé quelles banques réussissaient à résister. Ces tests ne nous disent donc pas grand-chose.

A la suite de la crise de 2008, les autorités ont repéré les banques dites « systémiques », jugées les plus dangereuses en cas de faillite, en raison de leur taille et de leur interdépendance. Elles ont ainsi compté 29 banques systémiques dans le monde, dont 4 françaises : Crédit Agricole, BNP Paribas, Société Générale, et le groupe BPCE (Banques populaires-Caisses d'Epargne). La France est ainsi le pays qui compte le plus de banques systémiques, à égalité avec la Chine. Ces 4 banques systémiques contrôlent la majeure partie de l'activité bancaire en France. Pour donner un ordre d'idée, le bilan de BNP Paribas par exemple est de 2000 milliards d'euros, l'équivalent du PIB de la France. Cela fait du système bancaire français le plus vulnérable au monde.

Les banques françaises sont universelles, c'est à dire qu'elles sont à la fois banques de détail, tournées vers le dépôt et la distribution du crédit, mais aussi banques d'investissement, et à ce titre utilisent les dépôts de leurs clients, souvent à leur insu, pour opérer sur les marchés et spéculer. Lors de la crise, on nous avait promis la séparation de ces activités, pour limiter la taille des banques, pour limiter leur capacité à spéculer avec l'argent des épargnants, et renforcer la stabilité du système bancaire.

Il n'en a rien été. Aujourd'hui en Europe, seulement un quart des actifs des banques sert à financer les entreprises ou les particuliers. Les banques jouent de plus en plus uniquement le rôle de courtier : elles initient des crédits, prennent des commissions, puis transfèrent les risques aux marchés en transformant les crédits en titres négociables. Ainsi les banquiers renoncent progressivement à leur fonction principale, qui est de prêter à l 'économie et de gérer les risques. Par contre ils développent toujours plus leurs activités spéculatives. Et BNP Paribas bat des records en la matière : ses activités de marché représentent 42 % du PIB de la France, et ses produits dérivés représentent 23 fois la valeur du PIB.

Autre gros problème : le coût des banques pour la société. A écouter les banques, leur sauvetage par les états en 2008 n'aurait rien coûté aux contribuables. La commission européenne a évalué à 4500 milliards d'euros les fonds publics mis à disposition des banques européennes en 2008 , principalement sous forme de garanties, soit 37 % du PIB de l'Union Européenne ! Le plus souvent sans conditions. (Cela doit laisser les grecs songeurs, eux à qui l'on a prêté beaucoup plus difficilement, et avec des conditions draconiennes ).Les prêts ont finalement été remboursés par les banques. Mais 3 ans plus tard, la BCE a été obligée de prêter à nouveau aux banques. Les banques françaises arrivent en troisième position des bénéficiaires du soutien de la BCE, derrière les banques espagnoles et italiennes.

Et si l'on regarde du coté de la fiscalité, on constate que les grandes banques françaises ont un taux d'imposition sur les bénéfices de seulement 8 %, très loin du taux officiel de 33,5 %, ce qui représente un manque à gagner pour l'état de 15 milliards d'euros pour la dernière décennie. Et surtout elles sont championnes de « l'optimisation fiscale », pour leur compte, mais aussi celui de leurs clients. Cette industrie de l'évasion fiscale fait perdre au minimum 60 milliards d'euros chaque année au budget de la France. BNP Paribas, toujours elle, détient plus de 300 filiales dans les paradis fiscaux.

Alors quelles solutions ? Tout d'abord comme on l'a dit, séparer totalement les activités de banque de détail et de banque d'investissement, à la façon du Glass-Steagall Act mis en place par Roosevelt en 1933 et qui a protégé les états Unis des crises bancaires jusqu'en 1999, date de son abrogation.

Ensuite réformer la gouvernance des banques. Elles sont aujourd'hui pilotées par des actionnaires et des dirigeants dont le seul objectif est le rendement maximal. Il faut impliquer dans les décisions tous les acteurs concernés : usagers, salariés, représentants de la société civile, actionnaires. Ce contrôle social des banques permettra de les mettre au service de l’intérêt général. On pourra ainsi limiter les revenus indécents des dirigeants et des traders.

Il faut que les banques contribuent au budget de l'état au même titre que toutes les entreprises, et pour cela mettre en place un système de taxation progressif selon la taille de la banque et ciblé, en particulier sur les activités spéculatives.

Enfin, il faut mettre fin aux pratiques d'incitation et de soutien à l'évasion fiscale. Il faut interdire aux banques toute activité dans les paradis fiscaux et judiciaires.

Cet article est largement inspiré d'un dossier d'Attac « nos amies les banques ». Pour poursuivre la réflexion, Attac et le site d'information Basta ! publient ces jours-ci « le livre noir des banques » aux éditions « les liens qui libèrent »

Colombe88@laposte.net

Colombe

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