Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 septembre 2014 2 02 /09 /septembre /2014 09:01

Dénoncer les inégalités ? Pas suffisant

Le dernier livre de l'économiste français Thomas Piketty « Le capital au XXI ème siècle » connaît un très grand succès aux États Unis. L'ouvrage dénonce l'enrichissement croissant des très riches et l'appauvrissement du reste de la population, bref l'explosion des inégalités dans les pays occidentaux au cours des dernières décennies. Ce succès est bien sûr une bonne nouvelle puisqu'il tend à montrer que les américains ont conscience d'un problème qui mine leur société plus encore que la nôtre. Toutefois, si la dénonciation des inégalités est justifiée, l'analyse et les solutions proposées par Piketty sont insuffisantes.

 

Pour remédier au problème, il prône un impôt mondial sur le capital, c'est à dire une répartition un peu plus égalitaire des biens, mais sans changer intrinsèquement le système. Bref, il aspire à un « capitalisme à visage humain ». C'est la vision des partis socio-démocrates ou socio-libéraux qui ne remettent pas en cause le système, mais veulent juste que les puissants laissent un peu plus de miettes au bas peuple.

Un système qui génère de telles aberrations doit être remis en question dans ses principes mêmes. L'égalitarisme est insuffisant et n'est pas un but en soi. Un exemple : accorder à tous le droit et la possibilité d'avoir une voiture représente un progrès pour l'égalité, mais pas pour la société pour de multiples raisons (pollution, santé, lien social...).

 

Thomas Piketty, on le voit dans le titre de son essai, fait le parallèle avec la théorie marxiste du capital. Mais Marx ne réfléchissait pas en terme d'égalité. Il s'attaquait à la structure même de la société, de la façon dont le travail et le capital déterminent les rapports des hommes entre eux et on pourrait ajouter maintenant avec le recul avec leur environnement. Il dénonçait le fait que les détenteurs du capital imposent les paramètres, le rythme et la définition même du travail. Pour lui, même si les travailleurs étaient mieux rétribués et pouvaient consommer davantage, la situation resterait fondamentalement la même : ils resteraient dépendants de celui qui possède le capital. Tout au plus « l'ampleur et le poids de la chaîne d'or que le salarié s'est lui-même déjà forgée permettent qu'on la serre un peu moins fort ».

Marx expliquait que c'est le travail qui crée la richesse et Piketty a raison de s'attaquer à la mystification (bien ancrée dans les mentalités à force d'être répétée par les économistes) qui explique que ces très riches gagnent beaucoup car ils le méritent, pour leur travail, pour leur talent ou pour les responsabilités qu'ils ont. Il donne l'exemple de Liliane Bettencourt dont la fortune est passée de 3 à 22 milliards d'euros entre 1990 et 2010, alors que cette dame n'a jamais travaillé, n'a pas inventé quoi que ce soit et ne prend pas de risques. Bill Gates n'a pas beaucoup plus de mérite et son talent, même s'il était aussi grand qu'on le dit, ne justifierait pas un tel niveau de revenus. Un ouvrier qui fait les « trois huit » a lui aussi beaucoup de mérite à supporter les cadences, les changements de rythmes, etc... Et son mérite ne vaut apparemment que le SMIC. Une telle disproportion doit bien sûr être dénoncée. Mais le système qui la permet doit être changé.

 

Pour Marx, l'accumulation du capital produit nécessairement du chômage, qui permet aux classes dominantes d'exercer une pression plus forte sur les travailleurs Et le capitalisme porte en lui une contradiction : il a besoin de la force du travail mais cherche à s'en passer pour réduire les coûts et fait intervenir les machines pour les remplacer. Et l'on voit les limites de l'analyse qui au XIX ème siècle ne pouvait pas prendre la mesure des problèmes d'épuisement des ressources et de pollution que cette course à la productivité et au profit allait engendrer. Pour lui, le capitalisme génère une population ouvrière excédentaire relative, et plus le capital et la richesse s'accroissent, plus le sous emploi et le chômage progressent. La productivité capitaliste éclipse la consommation capitaliste, car les milliardaires ne dépensent qu'une infime partie des biens qu'ils accumulent.

On l'a vu, Piketty demande un impôt mondial sur le capital. Vision purement comptable et réductrice qui ne tient pas compte du capital social et des ressources culturelles dont bénéficient les classes dirigeantes, qui leur permettent, tout autant que leur compte en banque, de se maintenir au pouvoir.

Marx ne donne pas vraiment de solution. Il combat un égalitarisme forcené et mal pensé qui mènerait à une « médiocrité générale » et encourage les classes dominées à briser la chaîne d'or. A nous d'inventer un nouveau modèle où les pouvoirs économiques, politiques, culturels seraient partagés par tous.

 

Quelle radio écouter ?

 A l'écoute de la nouvelle grille de programmes de France Inter, on se sent vraiment bien tristes. Émissions racoleuses, jeux et suppression de l'émission de Daniel Mermet « Là bas si j'y suis ». La seule émission sur une grande chaîne de radio qui faisait entendre un autre son, en économie, culture, philosophie a disparu. Que nous reste-t-il ? France Culture se laisse écouter, mais ses informations sont elles aussi inféodées à la pensée dominante. On peut toujours aller écouter « Là bas si j'y suis » sur le site internet la-bas.org. Cela devient difficile de résister à la médiocrité générale.

A la semaine prochaine

Colombe

Colombe88@laposte.net

Partager cet article

Repost 0
Published by front-de-gauche-remiremont
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de front-de-gauche-remiremont
  • Le blog de front-de-gauche-remiremont
  • : Le front de gauche en action sur la circonscription de Remiremont
  • Contact

Recherche